Au
Monsieur
le Ministre de Justice
de
la Republique Argentine
AVIS
Sur la
proposition pour la loi sur les peuples ou nations aborigènes de l’Argentine,
déposé par Mme. Teodora
Zamudio
Montreal,
2, Juin 2002.
À
propos de l’utilisation du concept de « nation » pour désigner
les peuples aborigènes dans le cadre de la loi sur les peuples ou
nations aborigènes de l’Argentine.
À
l’instar des peuples autocthones du Canada, qui sont aujourd’hui légalement
reconnus et désignés comme « Premières Nations » au sein
de la Constitution canadienne, les peuples aborigènes de l’Argentine
doivent être reconnus et identifiés à la fois comme citoyens de la
nation argentine et comme membres à part entière de leur propre
« nation » constituée selon les normes, droits et
obligations définies par la loi proposée.
Les
deux ensembles de lois auxquels seront assujettis les membres de telles
nations devront se recouper sans nécessairement s’équivaloir ni se
contredire : les droits et obligations définis par la loi sur
les nations aborigènes de l’Argentine apporteraient en ce sens
une précision législative additionnelle à l’endroit de groupes dotés
de caractéristiques sociales, culturelles et historiques distinctes de
celles qui caractérisent les membres de communautés rurales en
territoire argentin.
Le
terme de nation, dans le cadre de la loi proposée, signifie et reconnaît
pour légitime l’existence de groupes aborigènes dont la présence
sur le territoire précède celle des Européens. Il renvoit à l’identité
que confère une histoire commune, l’occupation et l’utilisation
d’un territoire distinct, et au partage, dans le temps et dans l’espace,
de pratiques – incluant la langue –, d’un système de valeurs et
de croyances communes. Il y aurait donc des nations aborigènes
et chacune d’entre elles seraient en droit de porter le nom
traditionnellement associé au peuple qui partagent ces caractéristiques.
On parlera de la Nation Tonocoté, de la Nation Warpe, de la Nation
Charrúa, et ainsi de suite. Il s’agit donc de l’emploi d’un terme
qui dénote non pas un statut politique équivalent à celui que l’on
attribue à l’État-nation, mais plutôt un caractère organisationnel
(social et culturel) distinct, correspondant à un ensemble de
droits et obligations distincts.
Le
terme de peuple, tout comme celui de communauté, ne sauraient à eux
seuls porter le poids de cette reconnaissance historique. D’une part,
ces deux termes sont généralement associés à la désignation de
caractéristiques purement historiques, culturelles et identitaires plutôt
que de traits proprement juridiques ou organisationnels. D’autre part,
le terme de « communauté », bien qu’il soit du domaine
publique et qu’il soit d’usage courant dans les sphères politique
et sociale, demeure encore aujourd’hui ambigu au plan sociologique.
Aucune définition consensuelle du concept de communauté n’a à ce
jour été atteinte dans la communauté scientifique. Le même terme désignera
autant les petites « communautés autochtones » du Québec
que les importantes « comunidades originarias » du Haut
Plateau andin, ou encore les groupes constitués sur la base d’intérêt
communs; la notion de communauté, à la fois plurisémantique et ambiguë
ne saurait convenir pour désigner l’ensemble d’un peuple et les
droits qui lui sont conférés par un gouvernement national et sa
constitution. Elle demeure cependant un élément important du langage
politique (local, régional, national et international) de par son usage
pour désigner les entités constitutives de la « nation aborigène ».
Resteraient à déterminer les limites juridiques, sociales et
politiques précises de cette communauté aborigène
argentine. La
nation serait l’élément intégrateur de ses communautés
constitutives et agirait, par l’intermédiaire de ses autorités,
comme leur représentante légale dans son rapport avec l’État
argentin. En ce sens, il faudrait conférer une masse sociale et
politique à la « communauté » (lien au territoire, à l’utilisation
des ressources, patrimoine, législation sociale, etc.), et un pouvoir
de représentation juridique à la « nation ».
Catherine
Lussier PhD
4843
Ave. Westmount
Montreal PQ –
H3Y 1X7 – Canadá
(+1) 514 481 0030
email
M.
A. en anthropologie sociale, Université de Montréal (1987).
Ph. D. en anthropologie sociale, Université de Montréal (1995).
Post-doctorat en anthropologie, Washington
University in St. Louis, Missouri (1996-1998).
1994-2002
Coordination
et mise en œuvre d’activités de consultation et de recherche dans
plusieurs communautés autochtones du Nord du Québec pour le compte
d’institutions, de partenariats ou d’organismes incluant : INRS-UCS,
le Grand Conseil des Cris du Québec, Conseil tribal Mamuitun,
Environnement Canada, Affaires indiennes et du nord.